Partir pour enfin arriver…

Ça y est. J’ai tout. Un poste clé dans une entreprise reconnue au Luxembourg. Une belle maison avec un jardin, mon compagnon, mes chats et mon chien. 

J’embauche à 5h du matin. Il fait encore nuit. Le bureau, un open space moderne illuminé au néon offre une vue imprenable sur un coin de ciel gris et un mur de béton. La culture d’entreprise qui m’a attirée ici n’existe pas vraiment, le mot d’ordre c’est le status quo. Je rentre chez moi lessivée. J’ai besoin d’une sieste. Quand je me réveille, il fait nuit. Le rêve cède la place à la réalité:  la grisaille, l’humidité permanente, la fatigue. 

Mon compagnon n’a pas trouvé de travail ici; il rentre chez lui. Je reste. 

Je n’ai pas de place au cours de danse, ni de dessin ni à la chorale. Et je ne trouve pas d’atelier de céramique, pas de cours réguliers et pas de profs à proximité. 

Pour mon anniversaire, mon compagnon m’a offert un tour de potier. Il dort dans sa boite, dans un coin. Six mois plus tard, je me fais de la place dans le cabanon de jardin et commence à travailler la terre. Tous les jours. Et la terre me travaille aussi: les gestes, les temps, les fragilités. Les étagères pleines de pièces crues, je décide que je veux encore progresser: j’achète un four. Mon premier investissement. Sur moi. 

Sous la pression du feu mes pièces se renforcent. Moi, je n’y réussis pas bien. Sous la pression de ce travail, je me déforme et je craque. Et c’est à travers ces craquelures que je vois finalement clair. 

Je ne veux plus travailler dans un secteur en pleine collision avec mes valeurs. Je veux du soleil dans ma vie. Rencontrer des gens. Finir ma journée avec un sourire. Le soir, raconter ma journée autour d’un repas, pas au téléphone. Créer: imaginer, tester, échouer. Reprendre, recommencer. Tous les jours, je travaille dans mon cabanon et pense à comment faire ce changement que j’ai trop peur d’amorcer. L’année arrive à sa fin. Mon employeur me licencie. Je reste encore ici. 

Pour Noel je rejoins mon compagnon dans le Cantal. Une grippe m’y retient malgré moi. 

Je découvre alors le village que je ne faisais que traverser et les villes autour, les gens. Les joies (ou le stress) de conduire sous la neige. Le bonheur de partager un repas en fin de journée. De prendre des cafés. Ensemble. En terrasse. Quelques jours se font un mois. Et puis deux. 

Février 2026, je rentre au Luxembourg pour quelques jours. Je vide la maison et rends les clés. Adieu le ciel gris, la solitude urbaine, le semblant de vie. 

Mon atelier ouvre ses portes le 1er mai. Vous êtes les bienvenus.

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